« Si
j'avais vraiment une tumeur, je la nommerais Marla. Marla... La
petite écorchure qu'on a sur le palais et qui ne peut cicatriser que
si on cesse de la lécher... mais on ne peut pas. »
A l'instar du narrateur de Fight Club, si j'avais une (gentille) tumeur, je la nommerais Weirdophrenia, car depuis que j'ai reçu le-dit CD il y a quelques jours, il tourne en boucle sur ma platine et ne me laisse pas cicatriser de la folle impression qu'il m'a donnée. Et tout cela dans le bon sens du terme.
En temps normal lorsque j'écris une chronique, je mets d'un côté les points forts, de l’autre les points faibles et je me fais un petit plan très scolaire « thèse/antithèse/synthèse »... Je pense que l'antithèse va être bien courte cette fois car, ce qui est généralement reproché à Traumatisme (mais dont les amateurs du contenu plutôt que du contenant tels que moi n'ont que faire) est la maigre qualité auditive résultant des petits moyens techniques dont dispose l’auteur. Toutefois ici, à force de persévérance et de choix judicieux notamment pour les enregistrements vocaux, Weirdophrenia nous offre une qualité audio bien supérieure à ces prédécesseurs. Vous pourrez donc ici montez le son à fond sans craindre de faire grésiller les aigus, et vous pourrez même accompagner les mélodies en chantant.
La première nouveauté ici réside dans le côté très sobre de la jaquette comme de l'homme en lui-même. Fini les longues dreads roses, les chapeaux rigolos et les multiples accessoires. Nous rencontrons cette fois un Traumatisme à mi-chemin entre James Bond et Edsel Dope. La jaquette, elle aussi très ascétique, s'illustre par des photographies du maitre de cérémonie très judicieusement placées au sein des différentes pages du livret. C’est net, propre et direct, mais toujours déviant et original.
Musicalement, notre 007 à crête nous montre qu'il sait se renouveler sans perdre son auditoire dans le processus en nous concoctant ses mélodies très traumatisantes qui rentrent dans la tête pour ne jamais en sortir. On retrouve ainsi nos amis les claviers joyeusement barrés qui faisait l'identité de Two Heads are Better Than One auxquels s’ajoutent de nouvelles influences très variées qui apportent un nouveau visage à l’empreinte musicale de Traumatisme. La voix, beaucoup plus claire et chantante, qui n'est pas sans rappeler celle de Dave Gahan, vous fera voyager de morceaux rock alternatifs marqués de new wave (Morgue is Vogue, Teenage Radio Hell), à de véritables bijoux maniaco-burlesques (High Spirits, Humor Tumor) en passant par l'hypnotique et hanté Clockwork Lullaby, le synthétique Superstar Fiend et le conte de fée pour traumatiser les adultes Meat the Black Sheep. Impossible de ne pas citer le slow très années 50 (The Flamingos vous dites ?) Cold Blue Valentine, qui en plus de la poésie de son texte est sans doute la première chanson d’amour gay maniaco-dépressive sur laquelle vous pourrez langoureusement danser. Bien que Weirdophrenia ait déjà gagné ses galons lors de l’écoute des 9 premiers morceaux, ses véritables trésors se trouvent selon moi dans les deux dernières compos. High Spirits est une magnifique valse macabre, hommage à Danny Elfman et à Tim Burton dont le sujet très grave et douloureux est traité avec poésie et cynisme. Humor Tumor est quant à lui une "Killing Joke" d’humour cynique (oui encore) et de psychose hyperactive ou le texte comme l’instrumentale entrainent son auditoire dans un tourbillon déroutant.
Le
message passe, que ce soit par la jaquette, la musique ou bien les
textes, cette fois Traumatisme s’attaque à du sérieux :
l’industrie de la musique, les réseaux sociaux et les médias en
général, pour ne citer que quelques sujets, même les clowns et les
habitudes alimentaires sont de façon très pertinentes lynchés sur
la place publique.
Que
nous réserve Traumatisme à l’avenir ? Impossible de le
prédire. All my Friends are
Dead, qui introduit l’album,
clos les débats des opus précédents. Il faut donc l’accepter,
nous découvrons ici un nouveau Traumatisme qui ne semble pas prêt
d’arrêter de nous surprendre.



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